Mes réalisations en scénographie olfactive
Lorsque j’ai démarré Nez’Bulleuse, je voulais proposer « des odeurs » aux musées ou à d’autres acteurs de la culture, afin d’ouvrir l’expérience à la multi-sensorialité. On appelle cela la scénographie olfactive. En général, on déploie des parfums ou des senteurs connus. Dans les faits, c’est allé bien plus loin que ça.
Création olfactive : immersion dans l’exposition
Pour des raisons techniques, des contraintes d’espace, de coût ou de sécurité, on ne peut pas toujours utiliser l’élément original pour certaines fragrances. Cela est d’autant plus vrai lorsque celui-ci appartient à un temps du passé révolu. Il devient nécessaire dans ce cas de combiner plusieurs autres odeurs pour le restituer. C’est pour cela que je parle de créations olfactives. Elles aident les visiteurs à se plonger dans les expositions et rendent l’expérience immersive.
Dans l’élaboration de fragrances, je dois aussi intégrer la façon dont elles devront être utilisées et diffusées : la réflexion n’est pas la même selon qu’elles se diffusent dans les casques de réalité virtuelle, dans des points senteurs ou dans des mallettes pédagogiques. Les senteurs doivent dans tous les cas avoir une intensité acceptable, tenir sur le long terme, être « ressemblantes » et bien se « propager ».
Reconstitutions des effluves oubliées
Mon activité m’a ensuite amené à travailler sur des restaurations d’odeurs ou de parfum auxquels nous n’avons plus accès. Ce travail d’investigation olfactive demande d’imaginer ce qu’était la fragrance qui n’existe plus à partir de documentation archéologique et historique.
Il nécessite de connaître le contexte d’usage, le pays, l’époque et la composition. Le terme d’archéologie expérimentale pourrait s’utiliser ici, car on reproduit des mécanismes passés pour mieux les comprendre. Bien sûr, j’apporte aussi un grand soin à la diffusion et la tenue.
Reconstitution ou création, il s’agit d’identifier la bonne combinaison qui vous amènera à vous faire vivre une expérience culturelle complète.
Dans le cadre de ces scénographies, j’œuvre en coopération avec des professionnels de la diffusion, des musées, des chercheurs, etc. Sur cette page, vous découvrirez les évènements/expositions qui ont fait appel à mes services, ainsi que les personnes avec lesquelles j’ai travaillées.
Juin 2024 à février 2025_Musée Henri Prades à Lattes : Senteurs célestes, arôme du passé
Pour cette manifestation, j’ai collaboré avec la directrice du musée Diane Dusseau et le co-commissaire de l’exposition Frédéric Servajean de LabEx ArcHimedE. Le parcours imaginé nous plongeait dans l’atelier d’un parfumeur romain à l’Antiquité.
Avec l’aide de l’université de Nice, des chercheurs à Montpellier et les écrits de Pline l’Ancien (Histoire Naturelle), de Dioscoride (De materia medica) et de Théophraste (Des odeurs), j’ai reconstitué le Rhodinon, un parfum principalement à base de roses, mais qui contient aussi d’autres ingrédients comme la citronnelle ou encore le jonc odorant, très utilisés à l’époque pour leurs qualités olfactives.
Décembre 2024 à février 2025_ Musée du Caire : parfums d’Égypte Du pays Pount aux rives du Nil
Toujours en collaboration avec Frédéric Servajean de LabEx ArcHimedE, co-commissaire de l’exposition, mais aussi Hanane Gaber, ingénieur de recherche, j’ai participé à un travail sur les onguents et les encens dans l’antiquité égyptienne.
Lors de l’embaumement des corps, les Égyptiens utilisaient par exemple la baie de Genévrier ou la cannelle dont j’ai recréé les fragrances à l’occasion de l’exposition. J’ai aussi réalisé celle du lotus diffusée en réalité virtuelle pour illustrer les bords du Nil et leur récolte.
Le lys, le pin parasol faisaient aussi partie de l’environnement égyptien. Ces odeurs que j’ai aussi recréées à cette occasion se présentaient sous forme de points senteurs.
La résine d’Oliban est ce qu’on pourrait appeler l’encens original. Son emploi était essentiellement religieux. On le trouvait dans les temples afin d’honorer les dieux et déesses.
Avec la collaboration active de Jean Guillaume Olette Pelletier pour la traduction des écrits, sa composition et le contexte (sa place dans la société égyptienne), j’ai également reconstitué le Kyphi dans lequel on retrouve en autres la cannelle.
À Avignon pour l’ouverture des bains Pommer
Quoi de plus harmonieux qu’une ambiance olfactive florale immersive pour accompagner la découverte d’un lieu emblématique comme les Bains Pommer à Avignon ? Remarquable établissement thermal et hygiéniste du XIXᵉ siècle aujourd’hui restauré et ouvert à la visite, les fragrances de rose, de tilleul et une création originale autour du narcisse ont été intégrées au parcours afin d’évoquer les senteurs qui pouvaient imprégner ces espaces de bien-être. Cette mise en scène sensorielle renforce l’immersion du visiteur et contribue à restituer l’atmosphère raffinée et apaisante des bains à leur époque.
Musée archéologique d'Avignon : musée Calvet
C’est à travers un travail d’interprétation des sources anciennes couplé à de la création olfactive contemporaine que j’ai conçu une scénographie olfactive destinée à enrichir l’expérience des visiteurs du Musée Calvet d’Avignon. Au sein de cette institution de référence dont les collections archéologiques couvrent les mondes égyptien, grec, étrusque et romain, le public a dorénavant accès à un patrimoine archéologique par le sens le plus évocateur : l’odorat. Ce projet a notamment donné lieu à la reconstitution de deux parfums emblématiques de l’Antiquité : le Rhodinon, une huile parfumée à la rose très répandue dans le monde gréco-romain, et le Métopion, précieux parfum d’origine égyptienne élaboré à partir d’huiles végétales et d’aromates.
Depuis avril 2026_Les archives PierreVives : vivre la guerre en Hérault
Donner à sentir ce que furent les réalités quotidiennes de la guerre ?
C’est ce que propose cette mallette pédagogique à travers une série de reconstitutions olfactives que j’ai spécialement créée en résonance avec une exposition consacrée à la vie quotidienne autour de Montpellier pendant la Seconde Guerre mondiale aux Archives départementales Pierrevives. Ce travail de médiation sensorielle permet d’aborder l’histoire à travers des odeurs emblématiques de l’époque : la chicorée, substitut du café devenu incontournable durant les restrictions, le rutabaga et le topinambour associés aux années de rationnement, ou encore la poudre à canon évoquant le contexte militaire du conflit. Une création originale inspirée des « petits pois au beurre de Montpellier », plat figurant au menu d’une rencontre entre Pétain et Franco, complète cet ensemble. Ces fragrances offrent une approche immersive et sensible de la mémoire collective.
